Depuis quelque temps un débat revient régulièrement dans le monde des systèmes de culture hors-sol : les iAVs (Integrated Aqua-Vegeculture Systems), parfois appelés “sandponics” ou « sabloponie », seraient-ils fondamentalement différents de l’aquaponie ? (voir article Why iAVs is not aquaponics?).

Certains acteurs du mouvement iAVs défendent une séparation nette entre ces deux approches, allant jusqu’à affirmer que les iAVs ne sont pas de l’aquaponie. Pourtant, avec plus de dix ans de pratique et d’expérimentation dans ce domaine cette distinction me semble largement discutable.
Je fais de l’aquaponie depuis 2014 avec une approche très concrète basée sur le terrain, l’observation et l’amélioration continue des systèmes via la recherche et développement. En 2018, j’ai commencé à expérimenter la culture sur sable. Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, je n’ai pas changé de modèle. J’ai simplement fait évoluer un système existant.
À l’époque, je travaillais sur des systèmes aquaponiques en DWC, sur des systèmes en tables à marées et sur de la culture verticale en tours. L’expérimentation a consisté à remplacer les radeaux d’une de mes tables de culture par du sable en intégrant un système de drainage adapté car j’avais le pressentiment que le sable allait mettre du temps à ressuyer et qu’il me faudrait garder une train bonne oxygénation si je voulais que ça fonctionne. (A l’époque je n’avais pas connaissance de la méthode iAVs, j’ai simplement lancé ça comme ça, par pur intuition. C’est seulement après que la communauté m’a fait part de l’existence d’aquaponie sur sable ailleurs dans le monde.) Bref, lors de ces tests sur sable, mon système n’a pas changé : les poissons étaient toujours là, l’eau circulait toujours en boucle, je filtrais toujours un peu et les plantes étaient nourries par les effluents piscicole.
Autrement dit, la base du système est restée strictement aquaponique. Seul le substrat de culture a évolué.
C’est précisément pour cette raison que je considère aujourd’hui les iAVs comme une forme d’aquaponie et non comme une approche distincte. Le cœur du système reste le même : une interaction entre poissons, micro-organismes et plantes, dans un circuit fermé où l’eau et les nutriments sont recyclés.
Le sable, dans ce contexte, n’est qu’un substrat. Un substrat intéressant, durable, performant, mais qui ne transforme pas la nature du système. Remplacer des billes d’argile ou un radeau par du sable ne revient pas à changer de discipline, mais simplement à adapter un outil ou une technique.
Ce qui différencie réellement les iAVs, c’est davantage l’accent mis sur certains équilibres biologiques, notamment le rôle des micro-organismes, des algues de surface et de l’importance de l’oxygénation du milieu. Sur ces aspects, les travaux menés autour des iAVs sont pertinents et apportent une réelle valeur. Ils permettent d’affiner la compréhension des dynamiques à l’œuvre dans les systèmes vivants (symbioponie / aquaponie symbiotique).
Mais ces mécanismes ne sont pas propres aux iAVs. Ils existent déjà en aquaponie, même s’ils ont parfois été simplifiés ou moins formalisés dans certaines approches.
C’est aussi pour cela qu’opposer aquaponie et iAVs me semble contre-productif. Cette opposition crée de la confusion, notamment pour les nouveaux entrants, qui ont besoin de repères clairs et d’une vision cohérente du domaine.
À l’inverse, considérer les iAVs comme une évolution ou une spécialisation de l’aquaponie permet de mieux structurer les connaissances. Cela permet aussi de valoriser les avancées techniques sans renier les fondations sur lesquelles elles reposent.
Certes, les iAVs et l’aquaponie ne sont pas nés à la même période ni sous l’impulsion des mêmes chercheurs. Mais avec le recul, tout porte à croire que ces deux approches ont évolué en parallèle, chacune de leur côté, en poursuivant un objectif finalement très proche : produire davantage, localement, de manière plus saine, tout en réduisant l’usage des ressources. L’opposition historique peut s’expliquer par des différences de trajectoires, de contextes ou de visions initiales. En revanche, maintenir aujourd’hui une opposition systématique entre ces deux approches semble de moins en moins justifié, au regard de leurs fondements et de leurs finalités communes.
Aujourd’hui, avec le développement du sandponics ou de la sabloponie, mon intention n’est pas d’alimenter une opposition, bien au contraire. Je considère que les travaux issus du mouvement iAVs sont précieux et qu’ils méritent d’être reconnus, diffusés et intégrés dans une vision plus globale.
À ce sujet, je dévie un peu, mais je trouve intéressant de voir apparaître en France des tentatives de traduction ou de renommage comme « sandponics » et “sabloponie”. Même si, honnêtement, ces termes me semblent peu pertinents. “Sable” en latin ne se dit pas “sablo” ni « sand » et on s’éloigne de la logique étymologique du mot “aquaponie”, construit à partir de “aqua”, l’eau et de « ponie », une racine liée à la production ou au travail. Si la pertinence des mots « sabloponie » et « sandponics » peuvent largement se discuter, il faut reconnaître que les termes ont le mérite d’être explicites. Ils permettent une compréhension immédiate pour le grand public et oeuvrent directement à faire connaître la technique méconnue de l’iAVs.
Il existe toutefois un argument que je peux entendre chez certains détracteurs du terme “sandponics”. Historiquement, “Sandponics” est une appellation associée à une marque développée par l’entreprise japonaise Sumitomo Electric Industries dans les années 1970, pour désigner un système de culture sur sable reposant sur une fertilisation minérale, donc relevant de l’hydroponie. Cette origine peut expliquer une certaine réticence à voir ce terme utilisé dans des contextes différents, notamment pour des systèmes biologiques comme les iAVs. Cela dit, dans les usages actuels, “sandponics” est de plus en plus employé de manière générique pour désigner l’aquaponie sur sable. Plutôt que d’y voir une dérive, on peut aussi y voir une évolution naturelle du langage, qui s’adapte aux pratiques et aux besoins de compréhension du plus grand nombre.
Pour preuve, dans mon activité de formation en aquaponie, je constate une réalité simple : le terme iAVs est très peu connu. En revanche, des appellations comme “aquaponie sur sable”, “sandponics” ou même “sabloponie” parlent immédiatement aux gens. Utiliser ces termes n’est pas une forme de défiance, mais plutôt une manière de rendre ces concepts accessibles au plus grand nombre. C’est une démarche de vulgarisation, à l’opposé d’une forme d’entre-soi ou d’hermétisme que l’on peut parfois ressentir dans certaines prises de parole autour des iAVs.
D’ailleurs, lorsque j’utilise les termes “sandponics” ou « sabloponie », je les associe systématiquement à celui d’iAVs. C’est justement la preuve que ma démarche ne vise pas à dissocier ou à détourner le concept, mais au contraire à créer un lien entre les deux appellations, afin de faciliter la compréhension et la diffusion auprès d’un public plus large.
L’enjeu n’est pas de définir des frontières, mais de faire progresser les systèmes au delà de toutes considérations personnelles et de guerres de chapelles.
Après plus de dix ans d’expérimentation, ma conviction est simple : l’aquaponie est un cadre et les iAVs en sont une expression particulière, basée sur l’utilisation du sable. Les deux approches ne s’excluent pas, elles se complètent.
Plutôt que de diviser, il me semble qu’il est temps de rassembler les connaissances et les pratiques pour construire des systèmes plus performants, plus résilients et plus accessibles.
C’est dans cette direction que je souhaite avancer.
Parlons-en dans les commentaires, j’ai besoin de connaître votre avis sur la question.
Pierre HARLAUT







« Le système de sandponics (ajoutez ou retirez autant d’éléments que vous le souhaitez) n’a absolument aucun avantage et ne repose sur aucune base scientifique. C’est Gary qui l’a complètement démonté après que je lui ai signalé. J’espère que le Dr McMurtry ne le verra jamais non plus. Vous avez rendu le drainage plus difficile, vous avez massivement réduit la surface d’échange, vous avez ajouté des éléments inutiles — je peux vous dire avec certitude que McMurtry serait d’accord avec moi pour dire que c’est une aberration et une insulte à tout ce que nous avons fait, et continuons de faire.
Gary et moi fournissons toutes ces ressources et les finançons de notre poche depuis des années pour sensibiliser au système iAVs, mais ensuite des personnes comme vous font des choses qui sont une véritable gifle, en annihilant tout le travail que nous avons accompli. Même l’utilisation du terme « sandponics » nous a fait reculer de dix ans à cause de la confusion que cela engendre. Ce sont précisément ce genre de raisons qui expliquent pourquoi le Dr McMurtry et moi-même avons clairement et définitivement distingué l’aquaponie des iAVs.
Vous prenez le travail d’une équipe de 45 scientifiques — dont 10 reconnus comme “fellows” dans leur domaine — avec une décennie de recherche, des mois passés à analyser des échantillons, et vous écartez tout cela au profit d’affirmations anecdotiques d’amélioration. Le Dr McMurtry et moi avons décidé que les iAVs et l’aquaponie sont deux domaines distincts, et nous ne voulons rien avoir à faire avec ce qui est appelé aquaponie — c’est une méthode basée sur l’hydroponie, alors que les iAVs sont biologiques, avec des principes différents.
En tant que pionnier de l’aquaponie, vous devriez savoir que tous les systèmes actuels basés sur substrat proviennent directement des recherches sur les iAVs. Les iAVs sont le fondement même de l’industrie qui les a ensuite mis de côté. Les conséquences de cette confusion se font encore sentir aujourd’hui, dans un climat que je qualifierais de douteux, où Gary, le Dr McMurtry et moi donnons bénévolement de notre temps pour aider les gens, pour ensuite les voir rebaptiser les choses comme bon leur semble. Cela s’est produit en Égypte, au Canada, en Inde, et maintenant en France.
Aucun d’entre nous n’est là pour la popularité ou l’ego, et aucun ne cherche à obtenir un crédit personnel. Mais le minimum de respect que nous demandons — et que nous avons mérité — est que les iAVs soient appelés iAVs. Quatre lettres. Toute modification apportée à un système iAVs, en l’absence de base de référence, de témoins et de répétitions, est essentiellement inutile à nos yeux. Ces ajouts vont à l’encontre de la philosophie fondamentale des iAVs, qui repose sur une conception volontairement simple.
Nous sommes présents depuis des années et continuerons de l’être. Récemment, nous avons commencé à rendre nos ressources disponibles dans toutes les langues, donc si vous souhaitez aider, vous pouvez commencer par là. Pour toute autre forme de promotion, très bien, allez-y, mais je ne vois pas comment nous pourrions collaborer sur le plan pédagogique si vous travaillez activement à l’encontre de ce que j’enseigne.
Je respecte le fait que vous ayez pris contact et je vous en remercie. Mais je suis enseignant et défenseur des iAVs, et mon objectif final est de voir ces systèmes construits par ceux qui en ont réellement besoin : des personnes confrontées à la malnutrition, à la faim, à l’insécurité alimentaire, ou qui doivent transporter des bidons d’eau sur 15 kilomètres tous les quelques jours. Je parle aujourd’hui avec des personnes situées à 500 km de Gaza, pour qui toutes les modifications que vous apportez à ces systèmes de production alimentaire sont tout simplement indisponibles ou trop coûteuses.
Si vous souhaitez promouvoir et faire avancer les iAVs correctement, vous avez notre soutien. Ce serait même très positif de voir quelqu’un prendre des initiatives et diffuser ce savoir. Vous avez proposé une discussion pour promouvoir les iAVs en dépassant les débats — mais cela signifie que nous ne sommes pas là pour débattre de ce que sont ou ne sont pas les iAVs, ni des modifications à y apporter. Pourquoi débattre d’un système éprouvé sur la base de simples anecdotes ?
Nous ne pouvons pas parler de promotion des iAVs si ce que vous faites n’est pas du iAVs. Prenez le temps d’étudier l’histoire de Doug Gross, du professeur Sanders, de Merle Jensen, de Thomas Losordo. Regardez leurs compétences, leur expérience, et le respect qu’ils ont acquis dans leurs domaines à l’échelle mondiale. Ce sont ces personnes qui ont construit les iAVs, et ce sont elles qui ont gagné mon respect. Je défends leur travail.
Nous cultivons des plantes. Dans cette vidéo, ils ont pris le meilleur substrat au monde (le sable horticole) et l’ont remplacé par du gravier. J’aurais préféré ne jamais voir cette vidéo.
L’article que tu as écrit est une véritable merde, pour de nombreuses raisons. C’est un déversement ignorant de non-sens prétentieux. Tant que cet article ne sera pas supprimé, nous ne pourrons rien avoir à faire avec toi : c’est un manque total de respect et une version biaisée de l’histoire.
Des personnes comme toi ont causé des dommages dans le domaine scientifique simplement parce qu’elles pensent vivre dans un monde imaginaire où elles peuvent renommer des choses inventées par d’autres — c’est quoi ce délire ? C’est d’une arrogance totale, et cela cause des dégâts directs dans la communauté scientifique, ce qui conduit ensuite directement à priver des gens de nourriture.
La distinction entre iAVs et aquaponie va bien au-delà des schémas, du design et des mots : elle concerne aussi le comportement des acteurs du secteur — ceux qui s’approprient le travail des autres, refusent de leur attribuer le mérite, bricolent et modifient des systèmes sans fondement scientifique.
Je peux passer sur les visuels générés par IA de ton contenu, mais quand on lit des choses comme « il peut falloir jusqu’à 6 heures avant qu’un nouveau cycle d’immersion/irrigation puisse commencer », c’est quoi ce non-sens absurde ? Il est évident que tu ne connais rien aux iAVs, tu n’es absolument pas prêt à en faire la promotion.
Nous avons un livre de 450 pages disponible, je te suggère de le lire deux fois ainsi que tous nos articles de blog. Désolé d’être direct, mais dans le contexte actuel, c’est totalement justifié. »
« Merci pour ton message et pour le temps que tu as pris pour détailler ton point de vue. Je comprends qu’il y ait derrière tout cela des années de travail, d’engagement et de recherche, et je respecte profondément cet investissement, notamment celui du Dr McMurtry et de toutes les personnes impliquées dans le développement des iAVs.
Je tiens d’abord à préciser un point important : je ne connais pas du tout les personnes présentes dans la vidéo dont tu parles, celles qui ont remplacé le sable horticole par du gravier. Je ne suis ni associé à leur travail, ni impliqué dans ce type de démarche, et je ne peux donc pas être tenu responsable de leurs choix techniques.
De mon côté, ma démarche n’a jamais été de dénaturer les iAVs ni de m’approprier un travail scientifique qui ne m’appartient pas. Au contraire, je m’inscris dans une logique d’expérimentation de terrain, avec l’intention d’apprendre, de comprendre et de partager, sans prétendre remettre en cause des années de recherche académique.
La version que je développe répond aussi à des contraintes spécifiques : elle permet de cultiver dans un climat français, avec ses variations saisonnières. Elle permet également d’élever une grande diversité d’espèces de poissons, et pas uniquement des espèces tolérantes comme la carpe, le tilapia ou le silure. J’obtiens de bons résultats avec des espèces plus exigeantes comme la truite, l’esturgeon, le black-bass, la perche, entre autres.
Par ailleurs, le système que je propose n’exige pas l’ajout de filtres supplémentaires dans son fonctionnement de base. L’ajout de filtration complémentaire n’intervient que dans des cas spécifiques, notamment lorsque l’on cherche à atteindre des densités de poissons très élevées, afin d’éviter une surcharge en matières organiques dans le sable.
Au final, ce que je propose reste très simple dans son principe : il s’agit d’un système iAVs auquel j’ajoute un drain. Rien de plus, rien de moins.
Je comprends également ta sensibilité sur l’usage des termes et le risque de confusion que cela peut engendrer. C’est un point important, et je prends en compte ton retour à ce sujet.
Là où je pense que nos approches peuvent se rejoindre, c’est sur l’objectif final : rendre des systèmes de production alimentaire accessibles, efficaces et utiles, en particulier pour les populations qui en ont le plus besoin. Sur ce point, je partage pleinement ta vision.
Je respecte totalement ta position concernant les iAVs, leur définition stricte et la volonté de préserver leur intégrité. De mon côté, je reste dans une posture d’exploration et d’adaptation, avec mes propres contraintes et contextes, sans volonté de nuire ou de dévaloriser le travail existant.
Merci encore pour ton retour. Même s’il est direct, je préfère une discussion franche à des incompréhensions silencieuses. »
Un autre message envoyé :
« Je suis désolé que nous n’arrivions pas à nous comprendre. Tu y vois une offense, tandis que moi j’y vois une forme de reconnaissance et de respect pour le travail qui a été accompli.
Si aujourd’hui la culture sur sable et les iAVs sont connus en France, mon travail (lui aussi bénévole et à tendance open source) y a contribué. Je suis convaincu que l’avenir de l’aquaponie passera par les systèmes sur sable, pour de nombreuses raisons.
Tu penses que je ne comprends pas les iAVs, et c’est là, selon moi, que tu te trompes. Mais tu es libre de penser ou d’imaginer ce que tu veux à mon sujet, je ne t’en tiendrai pas rigueur.
Si les iAVs sont considérés comme figés dans le temps et incapables d’évoluer au-delà de ce qui a été établi dans les années 1980, je trouve cela regrettable. Vous êtes peut-être des scientifiques, mais je pense qu’il reste encore des marges d’optimisation et d’amélioration.
À mes yeux, la science progresse grâce à la confrontation et à l’échange d’idées… c’est en tout cas ainsi que je le vois. »